Les refuges

La décision de tenir un refuge doit être mûrement réfléchie. Dans le milieu aviaire, il faut apprendre assez rapidement à cacher ses sentiments car c’est le seul moyen d’aider les perroquets et de survivre. La vraie et seule mission d’un refuge est d’améliorer la vie de ces merveilleux oiseaux, que ce soit par la sensibilisation, l’éducation, l’accueil ou le replacement de ceux-ci. Plusieurs personnes s’affichent gestionnaire de refuge, mais chacun décide du mode de fonctionnement de son établissement.

Je commencerai par analyser les raisons pour lesquelles les perroquets sont abandonnés, pour passer à ce que l’on peut faire pour éviter l’abandon de ces oiseaux ou pour aider ceux-ci à avoir une meilleure vie dans le futur. D’après moi, il est clair que les animaux de compagnie sont souvent traités comme un bien ou une marchandise, et non comme les êtres vivants qu’ils sont. Nos attentes envers eux sont grandes…trop grandes! Pourquoi? Et bien, nous faisons tous partie de problème :

  • Les fiches descriptives sur Internet sont faites par des éleveurs. Comme la grande majorité des éleveurs vivent avec des couples reproducteurs ou des bébés, leurs fiches sont loin d’être représentatives. Par exemple, si vous comparez votre youyou du Sénégal aux fiches trouvées sur Internet, vous verrez à quel point votre oiseau est différent de la description qu’on en fait. Or, le youyou est un des perroquets les plus souvent abandonnés.
  • Les gens rencontrent une connaissance qui cohabite avec un oiseau avec lequel elle a une belle relation… Ils ne voient pas le travail derrière cette relation et espèrent la même complicité.
  • Sur Youtube, on trouve facilement des vidéos faites par des maîtres qui veulent montrer les talents de leurs compagnons. N’est-ce pas qu’ils sont mignons et parfaits? Les vidéos d’oiseaux qui mordent, attaquent et détruisent sont nettement plus rares. Et c’est dommage!
  • Les animaleries sont là pour vendre, et le roulement du personnel fait que les connaissances de leurs employés sont limitées. La vente est poussée au détriment du bien-être des animaux. Peut-on blâmer les propriétaires d’animaleries? Ils obéissent à la loi de l’offre et la demande…

La solution, c’est l’éducation, peu importe l’espèce.

Un des devoirs des refuges est d’éviter les abandons. Pour remplir cette mission, les gestionnaires de refuge doivent partager leurs connaissances. La diffusion des connaissances peut passer par l’écrit, les forums, les séances de formation et l’aide individuelle. Lorsqu’une demande d’abandon est faite, il faut explorer toutes les solutions possibles avec le propriétaire de l’oiseau afin d’éviter que l’oiseau soit laissé au refuge. Si ce n’est pas possible, il faut analyser la situation. Chaque refuge a ses forces et ses faiblesses, et il importe de savoir les reconnaître. Ainsi quand il est préférable de ne pas accueillir un oiseau donné par manque d’espace, de connaissances ou de compatibilité, le gestionnaire du refuge devrait être capable d’aider le propriétaire à trouver une autre ressource. Les choix sont limités; il faut donc prendre des décisions difficiles afin de survivre et de pouvoir continuer à offrir de l’aide. Si la plupart des refuges n’acceptent plus les oiseaux de petite taille, c’est pour une raison bien simple : ceux qui acceptent les petits perroquets sont vite dépassés par leur nombre. Il serait pourtant facile pour le propriétaire de placer cet oiseau dans son entourage et de garder un œil dessus pour s’assurer de son bien-être. Le refuge est un service de dernier recours et ne devrait pas servir à décharger les propriétaires de leurs responsabilités.

Garder la tête hors de l’eau est loin d’être facile pour les refuges privés, et les donateurs sont rares. Certains gestionnaires de refuge peuvent compter sur des connaissances qui les connaissent bien et qui respectent et soutiennent leur travail. Quelques éleveurs offrent leur soutien d’une façon ou d’une autre. Comme ils contribuent au problème, c’est pour eux une bonne manière de participer au bien-être des petits rescapés. Cette aide allège le fardeau des refuges et permet de réserver des fonds en cas d’urgence vétérinaire. Certains hésitent toutefois à accepter cette aide pour des raisons morales; chacun a sa façon de voir au bien-être de ses protégés. Cependant, il n’y a aucun mérite à priver les oiseaux de soins pour des convictions qui ne reposent que sur un orgueil mal placé.

Avoir plusieurs oiseaux augmente le risque de contamination. Afin de réduire les risques, on effectue le dépistage des principales maladies aviaires dans certains refuges. L’arrivée de chaque oiseau se traduit donc par des frais d’environ 250 $. Le dépistage des maladies et la quarantaine ne permettent pas d’éliminer complètement le risque, mais durant cette période (de soixante jours), l’oiseau est plus stressé et certaines maladies opportunistes en profitent pour se manifester.

Vient ensuite le travail de rééducation : certains oiseaux retrouveront un comportement acceptable et pourront éventuellement trouver une bonne famille. Il s’agit d’un travail ardu, qui peut prendre plusieurs mois, voire quelques années! Il ne faut jamais oublier que dans un refuge, les perroquets ont l’avantage d’être nombreux et qu’ils peuvent réapprendre à se comporter en oiseaux et tisser des liens entre eux; avec le temps, ils ont moins besoin d’avoir une relation quasi fusionnelle avec un humain…

Si un oiseau est placé dans une nouvelle famille, le gestionnaire du refuge demeure responsable de son suivi. Avant toute chose, il doit bien connaître la future famille d’adoption et s’assurer que l’oiseau y restera durant plusieurs années. Il doit faire signer un contrat à l’adoptant pour protéger les droits de l’oiseau et responsabiliser l’adoptant. Plusieurs gestionnaires de refuge ont beaucoup de mal à laisser partir leurs protégés pour d’excellentes raisons : leur but est d’offrir la stabilité à l’oiseau. Or, ils savent que, même après avoir pris le temps de chercher un bon éleveur, de préparer l’arrivée de l’oiseau, de lui choisir un nom, d’acheter et d’aménager une belle grande cage, et de consulter ensuite des forums, certaines personnes finissent quand même par revendre leur oiseau après quelques semaines à peine parce que la réalité ne correspond pas à leurs attentes. Quand en plus l’oiseau n’a rien ou presque rien coûté, il est encore plus facile de s’en départir.

Comme vous pouvez le constater, la gestion d’un refuge est loin d’être simple. Il faut avoir une volonté à toute épreuve pour réussir à aider au mieux les perroquets. Chaque administrateur de refuge a ses propres valeurs, l’important pour celui qui veut lui abandonner son oiseau ou en adopter un, c’est que ces valeurs lui conviennent. Vous choisissez en fonction de vos attentes et le refuge est libre de les accepter ou non. Sachez tout de même qu’après avoir signé un contrat de cession, vous n’aurez plus de droit de regard sur votre oiseau (à moins d’avoir passé une autre entente avec le refuge). Par ailleurs, adopter un perroquet d’un refuge est une grande responsabilité, pas parce que cet oiseau a des problèmes de comportement, mais parce que les humains l’ont déjà trahi à plusieurs reprises : vous devrez prouver à votre nouvel oiseau qu’il pourra compter sur vous durant les années à venir!

Marie-Josée Ouellet
Refuge sur les ailes de nos perroquets
 
 
Revue et corrigé par Myriam Gagnon
 
Posted in Refuges | Commentaires fermés

La psittacose

Aussi appelée chlamydophilose aviaire, chlamydiose ou ornithose, la psittacose est une maladie causée par la bactérie Chlamydophila psittaci. Cette maladie est une zoonose, c’est-à-dire qu’elle peut être transmise des oiseaux aux humains, et elle est relativement répandue chez les oiseaux. La psittacose n’épargne aucune espèce d’oiseau, mais les plus souvent touchées sont les perruches ondulées, les calopsittes, les inséparables et les pigeons.

Symptômes chez l’oiseau

La psittacose cause des signes cliniques assez variables. Plusieurs oiseaux infectés auront l’air complètement sain (porteur asymptomatique), alors que d’autres seront en mauvais état, ébouriffés, léthargiques, atteints de problèmes respiratoires, d’écoulement nasal, de diarrhée et de conjonctivite et perdront du poids. Dans les cas graves, l’oiseau peut mourir subitement.

Symptômes chez l’humain

La période d’incubation va habituellement de cinq à quatorze jours. Le risque est beaucoup plus grand chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli ou immature : enfants, personnes âgées, femmes enceintes, personnes immunodéprimées (chimiothérapie, greffe d’organe, sida), etc. Mais un adulte en bonne santé peut tout de même contracter la maladie. En général, chez une personne immunocompétente, la bactérie causera surtout un syndrome grippal (fièvre, douleurs articulaires, frissons, difficultés respiratoires, toux). Chez les personnes plus gravement atteintes, on observera plutôt une pneumonie ou une infection généralisée (hépatite, endocardite). Les formes plus graves de psittacose peuvent exiger l’hospitalisation et être mortelles (dans moins de 1 % des cas environ).

Mode d’infection

Les oiseaux contractent la psittacose en respirant ou en avalant la bactérie présente dans les sécrétions orales ou les fientes d’un autre oiseau infecté. Si les sécrétions sont sèches, elles peuvent former une poudre en suspension dans l’air. Le contact avec un oiseau malade est absolument nécessaire à la transmission de la maladie ; le propriétaire qui ne se lave pas bien les mains en revenant d’une animalerie ou une cage d’occasion non désinfectée peuvent devenir des vecteurs de psittacose.

Fréquence de la maladie

La psittacose est une maladie assez fréquente ; en fait, c’est la plus répandue du fameux « quatuor » de maladies aviaires. Sa fréquence varie avec la provenance de l’oiseau, son environnement et plusieurs autres facteurs. Le risque est beaucoup plus grand si l’oiseau vient d’une animalerie hébergeant beaucoup de volatiles et peu soucieuse des antécédents de ses pensionnaires que s’il vient d’un élevage où on prend soin de faire le dépistage de la maladie chez les parents.

Il faut effectuer le dépistage de la psittacose chez tout nouvel oiseau au moment de l’achat. Avoir l’air en bonne santé n’est jamais une garantie.

Diagnostic

Il existe deux méthodes pour dépister la psittacose et confirmer sa présence : la technique PCR (amplification en chaîne par polymérase), qui permet de mettre le virus au jour, et la recherche d’anticorps (dirigés contre la bactérie). Souvent, ces techniques sont combinées à d’autres examens (radiographie, analyses sanguines) dont les résultats peuvent éveiller les soupçons et susciter la tenue d’autres tests plus poussés.

Le dépistage par PCR s’effectue sur un frottis des choanes et du cloaque ou sur une goutte de sang. Ce test est rapide et peu coûteux, mais il se peut que l’oiseau n’excrète pas le virus au moment du prélèvement. Un résultat faux négatif est donc possible.

La recherche d’anticorps est une méthode plus précise, mais qui exige une quantité de sang impossible à prendre sur de très petits oiseaux, prend plus de temps et coûte plus cher. Par contre, elle permet de mesurer la quantité (le « titre ») d’anticorps. Après le traitement, une deuxième mesure du titre permet de confirmer la guérison.

Résultat positif

L’obtention d’un résultat positif permet d’affirmer que l’oiseau est atteint avec assez de certitude.

Résultat négatif

Les deux méthodes de dépistage peuvent donner un résultat faux négatif. Dans le cas de la technique PCR, si la bactérie n’est pas excrétée, le résultat sera négatif. En effet, la plupart des oiseaux infectés n’excrètent pas la bactérie tous les jours. Quant à la recherche des anticorps, son résultat sera négatif au début de l’infection (durant les deux premières semaines) car les anticorps ne sont pas encore formés.

C’est en associant ces deux méthodes qu’on obtient les résultats les plus fiables. Malgré tout, il n’existe aucun moyen d’être absolument certain que l’oiseau n’est pas porteur sain.

Que faire en cas de résultat positif ?

Si plusieurs oiseaux cohabitent sous un même toit, il n’est pas sûr que tous soient infectés, mais d’habitude, on traite tous les oiseaux par précaution. La plupart du temps, le traitement est efficace et l’état de l’oiseau s’améliore rapidement. Toutefois, la bactérie se cache dans les cellules et est difficile à éliminer complètement. Dans de rares cas, certains oiseaux peuvent rester porteurs après le traitement ; c’est pourquoi on recommande souvent de refaire le test de dépistage après le traitement.

Les humains doivent prendre des précautions au début du traitement (environ deux semaines) afin de ne pas s’exposer à la bactérie. Si vous êtes en bonne santé, le risque est généralement minime, mais si vous avez un syndrome grippal ou des problèmes respiratoires chroniques, consultez votre médecin.

Désinfection

La cage et l’environnement dans lequel l’oiseau est gardé doivent être désinfectés minutieusement. Portez un masque durant les premiers nettoyages. Différents désinfectants peuvent être utilisés, comme l’eau de javel (diluée, 1 % d’hypochlorite de sodium,) l’alcool à friction (70 %) ou l’ammonium quaternaire. Il faut s’assurer d’éliminer toute poussière qui pourrait contenir des particules infectieuses. Il est préférable de jeter les perchoirs de bois ou les jouets en matière poreuse (corde, bois, cuir) qui ne peuvent pas être désinfectés. Si l’environnement est mal nettoyé et désinfecté, l’oiseau peut se contaminer de nouveau après le traitement.

Traitement

En général, le traitement de la psittacose comporte l’emploi d’un antibiotique appelé doxycycline durant au moins 45 jours. Cet antibiotique peut être donné dans l’eau, par voie orale ou par injection. Il ne faut employer la préparation à dissoudre dans l’eau que si l’administration par les autres voies est impossible, car elle est beaucoup moins efficace. En effet, il est impossible de garantir que l’oiseau reçoit toute la dose nécessaire. La préparation à prise orale s’administre deux fois par jour durant sept semaines. Durant le traitement, il faut éviter de donner du calcium à l’oiseau (produits laitiers, écailles d’huitre, os de seiche), car cette substance se lie au médicament et en diminue beaucoup l’absorption. La doxycycline peut causer des nausées chez certains oiseaux, particulièrement les aras. Sous forme injectable, elle s’administre une fois par semaine durant sept semaines et cause généralement beaucoup moins d’effets secondaires. Si l’oiseau a des nausées, celles-ci dureront 24 heures après l’administration, mais n’apparaîtront pas tous les jours; l’oiseau peut également être légèrement léthargique durant 24 heures après l’injection. La doxycycline est le plus souvent administrée sous forme injectable.

Prévention

Avant de mettre tout nouvel oiseau en contact avec d’autres oiseaux, il est très important de faire le dépistage de la psittacose. Tout nouvel oiseau doit être mis en quarantaine dans une pièce à part durant au moins 30 à 40 jours. Quand vous manipulez d’autres oiseaux, prenez toujours soin de bien vous laver les mains. Ne mettez jamais votre oiseau avec d’autres oiseaux qui n’ont pas subi de dépistage de la psittacose. Les petites espèces (perruche, inséparable, calopsitte) peuvent très bien être porteuses et le sont plus souvent que les grandes, car la plupart des gens négligent de faire dépister la maladie chez ces oiseaux.

Sophie Hébert Saulnier, dmv

http://www.birdandexoticvet.com/

 

 

Posted in Santé | Commentaires fermés

La nature du perroquet et les conséquences de la captivité sur lui

Traduction de Myriam Gagnon, M.A.tra., trad.a, Mai 2012©

par Wendy Huntbatch

Il y a plusieurs années, quand nous avons accueilli notre premier réfugié, un cacatoès soufré (Cacatua sulfurea sulfurea) nommé Little Charley, dont le propriétaire atteint de syndrome de post-poliomyélite devait se séparer pour aller dans un centre de soins de longue durée, Horst et moi n’avions pas la moindre idée de ce que l’avenir nous réservait. Les années ont passé, et à mesure que d’autres oiseaux nous étaient confiés, nous avons agrandi leurs installations dans notre maison, puis nous avons construit de grandes volières pour que les perroquets puissent voler librement sur notre ferme d’Abbotsford (C.-B.). Nous avions 400 perroquets quand nous avons emménagé à Coombs il y aura bientôt quatre ans, après qu’une flambée de grippe aviaire eut frappé l’industrie de la volaille. Nous avons construit l’actuel bâtiment de 2140 m2 (23 000 pi2), car nous étions déjà à l’étroit dans les installations de 930 m2 (10 000 pi2) d’Abbotsford. Je remercie le ciel de notre prévoyance! Depuis notre arrivée à Coombs, 300 résidents se sont ajoutés à notre effectif, et je suis certaine qu’au moins 100 autres perroquets auront besoin d’un Toit pour la vie cette année.

Comment expliquer cet afflux d’oiseaux? Les maisons rapetissent, les heures de travail allongent et les grands-parents qui ont eu des perroquets durant des années s’en vont rester dans des résidences où ces oiseaux ne sont pas admis. Face à de telles situations, les propriétaires de perroquets cherchent un refuge sûr pour leur oiseau : un endroit où ils seront certains que leur compagnon bien-aimé recevra de bons soins. Bien d’autres gens qui achètent un perroquet de compagnie, en particulier un cacatoès, réalisent que cet oiseau est un être vivant doué d’une vive intelligence et que l’incarcération sans possibilité de vol est cruelle. Dès que l’on comprend que ces êtres vivants ont des besoins qui leurs sont propres, l’esprit s’ouvre. Permettez-moi de partager avec vous quelques petites choses apprises au fil du temps.

Quand un perroquet arrive chez vous, ses aptitudes vous émerveillent : il est affectueux et apprécie votre affection, il aime jouer avec vous et, bien sûr, il communique dans votre langue. La plupart des gens laisseront le perroquet prendre sa place dans le groupe sans même y penser une seconde. La personne que Coco préfère est le chef de file, Coco occupe le deuxième rang et l’autre humain de la maison arrive derrière. Cependant, si les humains ont un bébé, celui-ci est immédiatement promu au deuxième rang, tout de suite après Maman, par les autres humains du groupe. Or, le perroquet élevé à la main est en réalité pratiquement identique à son congénère sauvage. À la maturité sexuelle, il a appris à se comporter comme les humains, tandis que son comportement instinctif de perroquet est automatiquement mis à jour. Il est prêt à défendre chèrement sa position dans son groupe d’adoption. La hiérarchie de becquetage est essentielle au succès dans n’importe quel groupe familial, qu’il se compose d’humains, d’oiseaux ou d’animaux. Il est donc très probable que le bébé se fera mordre, de même que l’humain chouchou qui s’en occupe, parce que du point de vue du perroquet, cette personne ne fait pas les bons choix. Ce n’est pas que cet oiseau est « méchant » ou « stupide » comme on l’entend souvent. C’est qu’il se comporte en perroquet. Il n’est pas jaloux dans le sens où nous, les humains, l’entendons; il affirme sa position de la seule manière qu’il connaît.

Toutefois, l’instinct qui pousse le perroquet à protéger sa position ne joue pas en sa faveur dans la plupart des groupes humains. Des décisions sont prises : tous peuvent les trouver difficiles et pénibles, mais personne autant que le perroquet. Souvent, on le confine dans sa cage la majorité du temps pour se protéger des morsures. Cette incarcération perturbe l’oiseau encore davantage : il crie pour interagir avec son groupe et être rassuré. Ses cris deviennent très dérangeants et sont pris à tort pour une tentative de monopoliser l’attention. Alors souvent, on l’enferme dans une pièce à l’écart. Pour un oiseau grégaire comme le perroquet, c’est l’équivalent du trou où l’on isole les détenus, alors qu’il n’a commis aucun crime. Tout oiseau proie enfermé en cage à l’écart des autres éprouve une peur qui entraîne souvent un stress nocif pour sa santé physique. Le perroquet choisit de ne manger qu’un seul type d’aliment et sa santé se dégrade d’autant plus, puis il commence à s’arracher les plumes et finalement, il s’inflige des blessures en s’automutilant. Nous accueillons un grand nombre d’oiseaux dans cette situation. Il ne faut surtout pas croire que les propriétaires de tels oiseaux sont volontairement cruels. Ce sont des gens bienveillants et pétris de bonnes intentions, mais qui ne sont pas conscients de l’intelligence ou des besoins affectifs du perroquet arraché à son mode de vie naturel.

Les perroquets sont des proies qui vivent en groupe pour survivre. Pendant que la majorité de la bande se nourrit ou dort, quelques sentinelles montent la garde pour protéger leurs congénères. Chacun prend son quart tour à tour pour que la bande passe une autre journée sans anicroche à l’abri du danger. En animalerie, le perroquet est vendu sans notice explicative au sujet de sa nature. Souvent, quelqu’un convainc l’acheteur de tailler les plumes de vol de l’oiseau en lui disant qu’il ne pourra jamais s’évader et ne risquera donc pas de mourir de faim ou de froid au bout d’une longue et terrible agonie. Cela peut sembler très convaincant pour le propriétaire de l’oiseau, mais pour le pauvre perroquet, c’est perdre son seul moyen d’évasion si jamais il rencontre un prédateur – réel ou perçu. Ensuite, on le met dans une cage où la nourriture et l’eau sont à sa disposition en tout temps. Du point de vue de l’humain, la cage est un lieu sûr d’où l’oiseau peut commencer son intégration dans son nouveau foyer, mais pour le perroquet, la cage est un piège. Après un bout de temps, le perroquet accepte la cage et son propriétaire croit qu’il aime sa maison. En vérité, le perroquet n’a pas d’autre choix que d’accepter la cage pour survivre dans un groupe constitué d’étrangers. Par ailleurs, bien des gens veulent offrir à leur perroquet une vue sur les arbres, le jardin, voire le terrain de golf et la forêt qui s’étend derrière, pour lui permettre d’apprécier le monde extérieur à l’abri du danger. Toutefois, le perroquet se sent piégé, sans plumes pour voler et exposé à ses pires ennemis, les aigles et les faucons. Inconscient des vitres qui le protègent, il ne voit que le prédateur qui guette ses moindres mouvements. Comme il a peur d’être attaqué, il ne peut pas dormir. Quand il mange, il doit surveiller ses arrières et, durant la journée, quand les humains sont au travail, personne n’entend ses cris d’alarme. Il doit dormir, manger et monter la garde en même temps. Les humains s’attendent à ce que ce perroquet accepte leurs règles de vie et comprenne que leurs actions et leurs décisions visent à assurer sa sécurité, alors que rien n’est fait pour rassurer ce pauvre oiseau.

Depuis le temps que nous observons les oiseaux vivre en bandes, nous avons appris quelques points importants. Nous offrons une nourriture très variée à nos pensionnaires. L’offre d’aliments frais change tous les jours, mais elle est la même pour tous les oiseaux un jour donné. Par exemple, un jour, on leur offre des oranges, des pommes, de poivrons rouges frais, et des petits pois et du maïs en grains décongelés. Le jour suivant, les perroquets ont du raisin, des bananes, du brocoli frais, et des petits pois et du maïs en grains décongelés. Tous les oiseaux mangent la même chose la même journée. Jour et nuit, sept jours par semaine, ils ont accès à un assortiment de sept grains, beaucoup de noix de Grenoble et d’amandes en écale et un peu d’arachides en écale. Si tous les perroquets avaient le même tube digestif, logiquement leurs fientes seraient identiques, mais il n’en est rien et les fientes varient entre espèces. Cette observation nous incite à penser que leur appareil digestif est adapté à leur lieu d’origine. Après tout, les perroquets sont des acteurs importants de l’écosystème de toute forêt tropicale humide, car ils disséminent quotidiennement des quantités de graines et de noix non consommées et de branches en fleurs sur le sol de la forêt. Les graines germent rapidement et les branches brisées prennent racine, pour que la forêt, source de nourriture et lieu de reproduction, se renouvelle constamment. La plupart des perroquets viennent d’îles où 90 % de la végétation est endémique (ne pousse que là et nulle par ailleurs). Leur appareil digestif a évolué sur des millions d’années pour assurer leur survie. Quand un perroquet originaire d’une île donnée nait ailleurs dans le monde, son appareil digestif ne change pas. Le mignon bébé perroquet vendu loin de son pays d’origine est nourri à la main; cependant, ses parents sont presque toujours des oiseaux capturés en nature. Très intelligent, l’oisillon reconnait rapidement les aliments qu’on lui offre et accepte volontiers ce à quoi on l’expose. Ses yeux reconnaissent la nourriture, mais son appareil digestif n’en fait pas nécessairement autant.

L’organisme des oiseaux en captivité extrait ce qu’il peut de la nourriture offerte, mais ses besoins nutritionnels ne sont pas comblés pour autant. En fait, les perroquets en captivité souffrent vraiment de malnutrition, peu importe la variété d’aliments offerts chez le marchand de légumes. De plus, la plupart des perroquets en captivité vivent sous des latitudes où le soleil ne darde pas ses rayons tous les jours comme dans leur pays d’origine. Or, ils ont besoin des vitamines que leur organisme ne peut fabriquer qu’à la lumière naturelle et au soleil. Au World Parrot Refuge, nous pensons que l’absence de lumière naturelle est la principale cause d’automutilation chez le perroquet en captivité. La santé physique de l’oiseau est tellement altérée par la malnutrition que des dérèglements graves surviennent sans qu’on puisse encore les dépister. Pendant longtemps, on a cru que l’ulcère d’estomac chez l’homme était causé par le stress, et c’est seulement récemment que l’on a trouvé la bactérie en cause. Imaginez les découvertes qu’on pourrait faire si on avait assez d’argent pour étudier les carences nutritionnelles chez les oiseaux. Par ailleurs, si on n’obligeait pas les perroquets à vivre dans nos maisons et qu’on les laissait plutôt vivre en paix dans leur pays d’origine, ces problèmes de santé ne surviendraient pas. Le Dr Stewart Metz du Indonesian Parrot Project et du Project Bird Watch a longuement discuté avec d’anciens braconniers, qui travaillent maintenant pour la cause des perroquets en Indonésie. Il leur a montré des photographies de cacatoès des Moluques en captivité qui s’arrachaient les plumes et s’automutilaient. Les anciens braconniers ont confirmé qu’ils n’avaient jamais vu un cacatoès, mort ou vif, dans un tel état. Il semble que seuls les perroquets vivant en captivité fassent de l’automutilation.

Rien qu’en Amérique du Nord, des millions et des millions de perroquets vivent avec des humains. Il importe de diffuser toute l’information possible pour aider ces oiseaux à mener la vie la plus heureuse et saine possible dans les circonstances. Ici au WPR, nous cherchons toujours des moyens d’offrir des conditions de vie aussi naturelles que possible aux perroquets qui se joignent à nous. D’ailleurs, les conseils des amis du sanctuaire sont toujours les bienvenus. Nous offrons notre collaboration pour que le plus de perroquets possible puissent rester avec leurs propriétaires attentionnés. Toutefois, nous souhaitons également dissuader les gens d’acheter des bébés perroquets et d’accroître le nombre d’histoires tragiques suscitées uniquement par l’appât du gain. N’oubliez pas que les bébés perroquets nourris à la main sont pour la plupart nés de parents capturés en nature. Pour chaque perroquet sauvage qui arrive à destination sain et sauf, au moins quatre autres ont succombé à une lente agonie durant le transport. Les perroquets à vendre ou à adopter se comptent par millions en Amérique du Nord. Si vous ne pouvez pas résister à l’envie d’avoir un perroquet, je vous conjure d’offrir un Toit pour la vie à un perroquet de seconde main. Si vous avez des difficultés avec un perroquet adopté, nous nous ferons un plaisir de vous aider à trouver une solution. Comme toute relation, la vie avec un perroquet exige du temps, de l’amour et de la patience.

Veuillez prendre note que nous publierons bientôt des conseils nutritionnels sur notre site Web. Ces conseils ont été élaborés par une organisation sœur de la Caroline du Nord, Phoenix Landing. N’oubliez pas de visiter notre site souvent, car il fera l’objet d’importantes mises à jour cette année.

Posted in World Parrot Refuge | Commentaires fermés

La fermeture d’un sanctuaire annonce une crise dans le milieu des psittacidés

Traduction de Myriam Gagnon, M.A.tra., trad.a, Mai 2012©

par Wendy Huntbatch
Cofondatrice de la F.L.O.P.R.S. (For the Love Of Parrots Refuge Society)

Le 24 février 2007
Exposé présenté à l’assemblée générale annuelle de la SPCA, à Nanaimo, C.-B.

Si vous consultez la rubrique des « animaux à vendre » de votre quotidien, vous y trouverez un très grand nombre de chiens et de chats, dont plusieurs sont offerts « gratuitement à qui peut leur donner un bon foyer ». Depuis le temps que les sociétés de protection des animaux prêchent la castration et la stérilisation, on pourrait penser que ce genre de rubrique serait devenu chose du passé. Il n’en est rien, pour les deux raisons suivantes : premièrement, il y aura toujours des gens prêts à tirer profit d’un être vivant « mignon » ou « exotique »; deuxièmement, il y aura toujours des gens ou des groupes bien intentionnés, prêts à accueillir ces mêmes êtres vivants quand leur présence n’est plus souhaitée, alors que vivre sans eux était inconcevable au moment de leur achat.

Ces mêmes groupes d’inconditionnels dévoués à la cause animale finissent par être responsables de l’euthanasie des animaux quand ils ne peuvent pas leur trouver de foyer. L’euthanasie est pratiquée discrètement et avec dignité derrière des portes closes, de sorte que les irresponsables ne sentent pas coupables. Au Canada, même dans les nombreux refuges qui ont une politique de non-élimination, plus de 400 000 chiens et chats sont euthanasiés tous les ans. Il n’y a tout simplement pas assez de place pour ces animaux en « surnombre » – pourtant les éleveurs continuent d’en faire la reproduction pour se remplir les poches. Que se passerait-il si ces refuges fermaient leurs portes parce que leurs administrateurs n’auraient plus le cœur de sacrifier encore un autre animal innocent?

Pensez-vous que cette situation ne vise que les chiens et les chats? Détrompez-vous!

Au World Parrot Refuge, à Coombs, en Colombie-Britannique, nous offrons un Toit pour la vie à d’anciens perroquets de compagnie. Le WPR héberge des centaines d’oiseaux et en accueille de nouveaux tous les jours. Je pourrais m’étendre longuement sur les raisons qui font que ces animaux extrêmement intelligents ont besoin de la sécurité d’un groupe permanent et besoin de voler librement, sans être enfermés derrière des barreaux, ni obligés de manger une nourriture qui n’existe même pas dans leur habitat naturel. Mais j’ai plutôt choisi de prendre soin de ces oiseaux sans faire de sermon. La plupart des gens sont tout à fait conscients de l’existence et de la nécessité des refuges pour chiens et chats. Par contre, très peu de gens ont la moindre idée de la nécessité des refuges pour perroquets. Or, on trouve plusieurs refuges pour perroquets dans chaque province du Canada. La plupart de ces refuges ont une politique de relogement, selon laquelle ils accueillent les perroquets de compagnie qu’on leur cède pour les placer dans des foyers d’accueil tenus par des bénévoles jusqu’à ce qu’ils trouvent un foyer permanent approprié. Ce processus peut fonctionner très bien, mais dans bien des cas, ce n’est qu’un autre « tour de manège », une énième station pour le perroquet qui peut vivre jusqu’à cinq fois plus longtemps que le chien ou le chat. Au cours d’une si longue période, la vie du propriétaire humain tend à changer plusieurs fois. Néanmoins, les sanctuaires allongent la promesse de vie de ces oiseaux, car on n’y pratique pas l’élimination.

Les gens sont fascinés par les perroquets, leur beauté, leur intelligence et, surtout, leur capacité de parler. Même si la plupart des gens adoptent leur perroquet après mûre réflexion et parfois, de longues recherches, peu d’entre eux sont vraiment prêts à ce qui les attend. La majorité des gens qui abandonnent leur perroquet au WPR affirment catégoriquement que s’ils avaient su dans quoi ils s’embarquaient, ils n’auraient jamais acheté de perroquet. Et certains anciens propriétaires de perroquets viennent même grossir les rangs d’une armée déterminée à dissuader les gens d’acheter ces oiseaux.

La première rencontre d’un bébé perroquet sevré de force réveille l’élan maternel chez n’importe qui. Cet oisillon manifestement trop jeune pour être séparé de ses parents – avec lesquels il devrait être encore au nid, gazouillant et blotti au chaud contre ses frères et sœurs dans la cavité d’un arbre– est un appât auquel bien peu de gens peuvent résister. L’argent change vite de mains. Puis, au bout d’un an, la plupart des gens ne supportent plus cet oiseau perturbé émotionnellement qui se colle sur eux à la moindre occasion. Ils essaient de montrer au perroquet à se tenir occupé seul dans sa cage, pour « son propre bien ». Le pauvre oiseau esseulé se met donc à hurler sans répit. La plupart des perroquets sont donc vendus pour la deuxième fois de leur vie avant l’âge de deux ans. Les deuxièmes propriétaires, et les suivants, ne connaîtront jamais les jours heureux où le mignon petit bébé réclamait de l’amour : leur oiseau les rend fous avec ses bruyantes demandes d’attention, quand il ne rend pas les voisins fous en premier.

Habitués d’offrir de la nourriture préparée à leur chien ou chat, la plupart des gens font de même avec leur perroquet. Or, les chiens et les chats ont eu des centaines de générations pour s’adapter aux aliments préparés. En revanche, les perroquets ont été capturés en nature ou sont les descendants directs d’oiseaux capturés en nature, et leur appareil digestif n’a pas eu le temps d’évoluer et de s’adapter : 80 % des oiseaux capturés en nature meurent de faim avant d’arriver à destination, simplement parce qu’ils ne reconnaissent pas les aliments qu’on leur offre. Par contre, le bébé perroquet nourri à la main reconnait les aliments qu’on lui offre depuis sa naissance. En fait, ses yeux les reconnaissent, mais pas son estomac. La plupart des perroquets de compagnie souffrent donc de malnutrition et d’un manque profond de soleil. Même les perruches ondulées et les calopsittes élevées en captivité depuis des centaines de générations vivent rarement aussi vieux qu’elles le devraient. Combien de perruches et de calopsittes connaissez-vous qui se sont rendues à 25 et 30 ans? Les signes de malnutrition sont évidents – picage extrême, automutilation, cancer et insuffisance cardiaque congestive – et touchent tous des oiseaux relativement jeunes. La plupart des propriétaires sont si ébranlés quand ils réalisent leur impuissance à corriger les comportements aberrants qu’ils refilent leur oiseau à d’autres dans l’espoir que le changement d’environnement fera disparaître le problème.

Après avoir été balloté d’un foyer au suivant, le perroquet ne peut rien espérer de mieux que d’aboutir dans un sanctuaire où il pourra passer le reste de sa vie en compagnie de congénères. Or, beaucoup des refuges fondés comptent sur le dévouement et la compassion de bénévoles prêts à faire tout leur possible pour offrir une bonne vie aux perroquets. Les oiseaux arrivent en masse alors que le soutien financier manque cruellement. Pris à la gorge financièrement et épuisés physiquement et mentalement, les fondateurs-administrateurs finissent par fermer le refuge surpeuplé par manque de bénévoles et de fonds. Jusqu’à présent, deux sanctuaires sont arrivés à ce stade cette année au Canada. Il s’agit d’établissements d’assez grande capacité qui existent depuis de nombreuses années. Leur politique de relogement a échoué par manque de fonds, de bénévoles et de foyers potentiels. Les foyers d’accueil tenus par les bénévoles débordaient, et les foyers adoptifs potentiels de la région étaient déjà pleins à capacité.

Que va-t-il arriver aux oiseaux non désirés dans les régions que desservaient ces deux sanctuaires? Plus de 600 perroquets vivent au WPR seulement et, tous les jours, on nous envoie des courriels pour nous supplier d’en prendre plus. Cette situation est bien loin de plafonner. Un nombre croissant de perroquets seuls ou de groupes de perroquets nous sont cédés quand la personne qui les soignait avec amour décède ou est trop âgée ou malade pour s’en occuper, et que les membres de sa famille n’ont pas le temps de prendre le relais. Il y a quelque trente ans, un grand nombre de perroquets ont été importés et vendus à des gens dont les enfants avaient quitté le domicile familial. Ces perroquets parlants remplissaient le vide laissé par les enfants devenus adultes. Pas besoin d’être devin pour comprendre que ces oiseaux sont les mêmes qui inondent maintenant les sanctuaires partout au Canada. En outre, les gens ont pu constater en 25 ans qu’ils pouvaient non seulement garder ces oiseaux en vie, mais également profiter de leur puissant instinct de reproduction pour éviter l’extinction. Il y avait de l’argent à faire et c’était devenu la mode d’avoir un perroquet chez soi. De nos jours, les familles sont de plus en plus petites et, souvent, les deux parents doivent travailler pour joindre les deux bouts, pourtant les éleveurs arrivent encore à trouver des gens prêts à débourser de gros montants pour mettre un oiseau en cage chez eux. Or, la majorité de ces acheteurs voudront envoyer leur oiseau dans un sanctuaire au cours des 10 prochaines années. Mais où les enverront-ils?

Dans un sanctuaire où on fait bien les choses, l’entretien d’un perroquet coûte 10 $ par semaine. Ça semble bon marché, jusqu’à ce qu’on multiplie ce chiffre par 600 ou plus. Comment notre société fait-elle face à cet énorme problème? Les sanctuaires devraient-ils garder seulement les oiseaux que leurs propriétaires sont prêts à parrainer financièrement, pour éliminer les « autres »? À qui revient la responsabilité? Les perroquets dans les sanctuaires appartiennent à plusieurs des espèces menacées d’extinction dans la nature à cause du braconnage et de la destruction de leur habitat, et maintenant menacées d’élimination délibérée à cause de la peur d’une éventuelle épidémie de grippe aviaire due au virus H5N1 dans les pays où ils étaient autrefois si nombreux et aujourd’hui quasi disparus.

Il faut mettre fin à l’importation de perroquets capturés en nature au Canada. L’élevage du perroquet de compagnie doit quant à lui être assujetti à une taxe de recyclage, sinon abandonné ou interdit complètement. En outre, la détention d’oiseaux au duvet poudreux dans les maisons impose certainement un très lourd fardeau au système de soins de santé. Je souffre moi-même d’alvéolite allergique intrinsèque (maladie des éleveurs d’oiseaux) et le WPR a reçu de nombreux cacatoès et gris du Gabon de personnes atteintes de cette maladie invalidante. L’allergie aux plumes et au duvet poudreux est bien documentée. Souvent, quand les gens nous cèdent leur perroquet, ils nous disent : « Quand je ne peux plus respirer, rien d’autre n’a d’importance ».

Au WPR, nous avons une grande expérience des perroquets et nos employés sont tout à fait capables de prendre soin de ces anciens oiseaux de compagnie. Nous savons où est la racine du problème et ce que les gouvernements doivent faire pour l’extirper. Nous avons du matériel éducatif pour enseigner les faits et les problèmes liés à la détention de perroquets par des humains. Toutefois, nous ne savons pas comme assumer cet énorme fardeau sur le plan financier. Il serait criminel de sacrifier des représentants d’espèces extrêmement menacées et nous refusons d’envisager ce genre de solution. Nous ne pouvons pas abandonner les perroquets au terrible destin que la société leur a imposé. Cependant, d’où viendront les ressources humaines, matérielles et financières nécessaires pour aider ces perroquets et tous ceux qui seront abandonnés demain?

Posted in World Parrot Refuge | Commentaires fermés

Description du World Parrot Refuge

Traduction de Myriam Gagnon, M.A.tra., trad.a, Mai 2012©

Le WPR est situé dans un beau bâtiment de 2140 m2 (23 000 pi2) où les perroquets, d’anciens oiseaux de compagnie, peuvent voler librement et vivre en groupe. Les murs intérieurs et extérieurs de ce bâtiment isolé sont revêtus de tôle d’acier durable et facile d’entretien. Pour la sécurité des oiseaux, le système de chauffage radiant ultramoderne est installé à l’extérieur des volières. Les émetteurs de chaleur sont orientés vers les volières, mais les oiseaux sont libres de s’en approcher ou de s’en éloigner. Nous prévoyons construire de vastes volières extérieures auxquelles les oiseaux pourront accéder facilement par de larges portes panoramiques percées dans les murs extérieurs du bâtiment, afin de profiter des nombreuses journées chaudes et ensoleillées qui font la réputation de la région.

Dans chaque volière intérieure, David et Jordi ont installé un couvert forestier d’arbousiers reproduisant l’atmosphère de la jungle, pour offrir aux oiseaux une vie de perroquet quasi normale, dans la bande de leur choix. Les perroquets se tiennent en hauteur, mâchouillant des branches d’arbousier constamment renouvelées et des jouets faits maison en bois naturel aux couleurs vives (teint avec du colorant alimentaire) et des jouets Fisher Price et Playskool usagés. Ces jouets suspendus un peu partout sont destinés à être détruits pour le plus grand plaisir et l’amusement des oiseaux. Les volières sont également garnies de cordages noués qui servent de balançoires ou de passerelles d’accès aux divers postes d’alimentation.

Le pavillon des aras

Première section du refuge à être terminée, cette volière de 460 m2 (5000 pi2) se divise en quatre grands enclos où les aras peuvent s’ébattre et voler. Seize portes panoramiques à double vitrage donnent accès à une volière extérieure de 446 m2 (4800 pi2). Quand la température le permet, les oiseaux peuvent prendre un bain de du soleil sur les arbres plantés dans cette enceinte protégée par une clôture à mailles losangées.

Le pavillon des cacatoès

Cette partie du refuge d’une superficie de 502 m2 (5400 pi2) est divisée en deux grands enclos séparés par un corridor de 3 mètres (10 pi) de large. La construction des enclos permanents est terminée d’un côté : plus de 50 cacatoès occupent déjà cette volière de 28 mètres sur 7,7 (90 pi sur 25) – et plusieurs sont déjà bien cachés dans leur maison feuillue! Les deux enclos donneront plus tard sur des volières extérieures de mêmes dimensions. Toutes les volières extérieures seront garnies de branches constamment renouvelées, pour que les perroquets s’y usent le bec et se perchent comme dans la canopée tropicale.

Le pavillon des amazones et des perroquets africains

Copie du pavillon des cacatoès, cette section du refuge qui reçoit des perroquets de plus petite taille est garnie de branches plus petites et beaucoup plus nombreuses! À l’heure actuelle, il s’agit d’un enclos temporaire en bois d’œuvre divisé en cinq volières de 7,7 mètres sur 5,5 (25 pi sur 18). Quand nous aurons achevé le pavillon des cacatoès, nous remplacerons les volières temporaires par une structure permanente divisée en deux grands espaces de 28 mètres sur 7,7 (90 pi sur 25), suivant le même plan que le nouveau pavillon qui fait la joie des cacatoès.

Les amazones vivent d’un côté du corridor, et les gris et les autres perroquets africains, de l’autre. L’enclos loge également les grands éclectus qui adorent se promener sur cet immense plancher rien qu’à eux.

Nouveaux arrivants et perroquets ayant des besoins particuliers

Une autre section de 465 m2 (5000 pi2) située à l’autre bout de l’édifice, aux antipodes du pavillon des aras, sert plusieurs fins. On y trouve la cuisine et l’aire de préparation des repas, les quartiers des perroquets arrivants, de grands enclos (qui donneront un jour sur des volières extérieures) où les nouveaux venus se familiarisent avec leur milieu de vie avant de s’intégrer à la bande de leur choix et, enfin, le Centre du mieux-être Judy Langille, cœur battant du refuge. Cette section consacrée aux perroquets ayant des besoins particuliers comprend huit unités avec enclos extérieurs où les oiseaux incapables de voler peuvent se faire dorer au soleil.

Judy Langille est une bienfaitrice extraordinaire qui a rendu possible la construction de cette unité spéciale grâce à une énorme contribution. Partie vitale du WPR, le Centre du mieux-être Judy Langille nous permet d’offrir des soins individuels à un nombre sans cesse croissant de psittacidés.

Beaucoup de nos pensionnaires sont en mauvais état quand ils arrivent au refuge. L’unité de soins spécialisés est le foyer d’oiseaux souffrant de nombreux problèmes de santé et handicaps qui les empêchent de vivre en volière avec les autres perroquets. Aucun de ces oiseaux n’est atteint de maladie contagieuse. Certains ont des infirmités qui sont souvent dues à la négligence, aux mauvais traitements ou aux blessures subies au moment de leur capture en nature. D’autres s’automutilent et s’arrachent compulsivement les plumes : l’automutilation est une réaction fréquente chez les perroquets stressées par la vie en captivité. Beaucoup d’autres oiseaux ont le cancer. Plus souvent qu’autrement, leur maladie peut être liée à des années de malnutrition, de manque de soleil, de confinement et de carence affective.

Les perroquets peuvent séjourner à l’unité quelques semaines pour y recevoir des soins vétérinaires de courte durée, mais dans la plupart des cas, ils y demeurent en permanence. La plupart de ces oiseaux ne vivent pas en cage et sont libres d’aller et venir à leur guise. Certains d’entre eux sont méfiants à juste titre, tandis que d’autres très grégaires vont à la rencontre des visiteurs, pour réclamer beaucoup d’amour et d’attention tout en partageant leur expérience de la vie.

Présentement, l’unité compte 53 perroquets allant de l’ara chloroptère à la perruche ondulée. Les raisons de vivre dans cette unité sont aussi variées que les pensionnaires mêmes. Plusieurs des cacatoès des Moluques ont le cancer. Une des amazones est épileptique et prend des médicaments depuis 25 ans. Quelques –uns des aras et des cacatoès blancs souffrent d’infirmités physiques graves, causées par les collets qui ont servi à les capturer.

Certains de nos cacatoès victimes de cruauté mentale n’arrivent pas à oublier les horribles injures dont on les a abreuvés parce qu’ils s’arrachaient les plumes, alors même qu’ils étaient enfermés en cage dans une pièce à l’écart ironiquement appelée « chambre de l’oiseau ».

D’autres oiseaux victimes de violence physique ont été tellement battus que leurs ailes pendent définitivement ou qu’ils hurlent « Maudit oiseau! Maudit oiseau! ». Un de nos grands éclectus a vécu dans un garage, dans une cage de 50 cm (20 pce) de côté posée par terre dans une zone exposée au soleil brûlant l’été et au froid glacial l’hiver : il souffre tellement d’arthrite qu’on sent à peine sa prise quand il serre les doigts. Maintenant, il arpente avec bonheur un immense enclos avec son amie, un éclectus femelle. Cet oiseau avait été échangé contre des réparations dans un atelier de carrosserie, où il était gardé et exposé aux émanations de produits chimiques. Maintenant, il profite de soins affectueux, d’une saine alimentation et de l’air pur.

Malheureusement, beaucoup d’oiseaux sont devenus des automutilateurs extrêmes. Nous leur donnons les soins médicaux nécessaires pour éviter que leurs plaies s’infectent. Leur état s’améliore rapidement grâce aux bons soins prodigués sans relâche et à une alimentation plus adaptée, de sorte qu’ils peuvent retourner dans leur bande.

Certains cacatoès des Moluques ont le cancer, mais ils peuvent survivre dans un environnement protégé grâce à la médecine moderne, à l’amour et au dévouement de notre personnel. Elvis est un cacatoès des Moluques très âgé (peut-être plus de 60 ans), rendu aveugle par la dégénérescence maculaire, une maladie de l’œil qui touche aussi les humains âgés. Mais il pourra passer le reste de sa vie dans le confort du WPR, où il est choyé et soigné comme il faut.

 

Posted in World Parrot Refuge | Commentaires fermés