Traduction de Myriam Gagnon, M.A.tra., trad.a, Mai 2012©
par Wendy Huntbatch
Il y a plusieurs années, quand nous avons accueilli notre premier réfugié, un cacatoès soufré (Cacatua sulfurea sulfurea) nommé Little Charley, dont le propriétaire atteint de syndrome de post-poliomyélite devait se séparer pour aller dans un centre de soins de longue durée, Horst et moi n’avions pas la moindre idée de ce que l’avenir nous réservait. Les années ont passé, et à mesure que d’autres oiseaux nous étaient confiés, nous avons agrandi leurs installations dans notre maison, puis nous avons construit de grandes volières pour que les perroquets puissent voler librement sur notre ferme d’Abbotsford (C.-B.). Nous avions 400 perroquets quand nous avons emménagé à Coombs il y aura bientôt quatre ans, après qu’une flambée de grippe aviaire eut frappé l’industrie de la volaille. Nous avons construit l’actuel bâtiment de 2140 m2 (23 000 pi2), car nous étions déjà à l’étroit dans les installations de 930 m2 (10 000 pi2) d’Abbotsford. Je remercie le ciel de notre prévoyance! Depuis notre arrivée à Coombs, 300 résidents se sont ajoutés à notre effectif, et je suis certaine qu’au moins 100 autres perroquets auront besoin d’un Toit pour la vie cette année.
Comment expliquer cet afflux d’oiseaux? Les maisons rapetissent, les heures de travail allongent et les grands-parents qui ont eu des perroquets durant des années s’en vont rester dans des résidences où ces oiseaux ne sont pas admis. Face à de telles situations, les propriétaires de perroquets cherchent un refuge sûr pour leur oiseau : un endroit où ils seront certains que leur compagnon bien-aimé recevra de bons soins. Bien d’autres gens qui achètent un perroquet de compagnie, en particulier un cacatoès, réalisent que cet oiseau est un être vivant doué d’une vive intelligence et que l’incarcération sans possibilité de vol est cruelle. Dès que l’on comprend que ces êtres vivants ont des besoins qui leurs sont propres, l’esprit s’ouvre. Permettez-moi de partager avec vous quelques petites choses apprises au fil du temps.
Quand un perroquet arrive chez vous, ses aptitudes vous émerveillent : il est affectueux et apprécie votre affection, il aime jouer avec vous et, bien sûr, il communique dans votre langue. La plupart des gens laisseront le perroquet prendre sa place dans le groupe sans même y penser une seconde. La personne que Coco préfère est le chef de file, Coco occupe le deuxième rang et l’autre humain de la maison arrive derrière. Cependant, si les humains ont un bébé, celui-ci est immédiatement promu au deuxième rang, tout de suite après Maman, par les autres humains du groupe. Or, le perroquet élevé à la main est en réalité pratiquement identique à son congénère sauvage. À la maturité sexuelle, il a appris à se comporter comme les humains, tandis que son comportement instinctif de perroquet est automatiquement mis à jour. Il est prêt à défendre chèrement sa position dans son groupe d’adoption. La hiérarchie de becquetage est essentielle au succès dans n’importe quel groupe familial, qu’il se compose d’humains, d’oiseaux ou d’animaux. Il est donc très probable que le bébé se fera mordre, de même que l’humain chouchou qui s’en occupe, parce que du point de vue du perroquet, cette personne ne fait pas les bons choix. Ce n’est pas que cet oiseau est « méchant » ou « stupide » comme on l’entend souvent. C’est qu’il se comporte en perroquet. Il n’est pas jaloux dans le sens où nous, les humains, l’entendons; il affirme sa position de la seule manière qu’il connaît.
Toutefois, l’instinct qui pousse le perroquet à protéger sa position ne joue pas en sa faveur dans la plupart des groupes humains. Des décisions sont prises : tous peuvent les trouver difficiles et pénibles, mais personne autant que le perroquet. Souvent, on le confine dans sa cage la majorité du temps pour se protéger des morsures. Cette incarcération perturbe l’oiseau encore davantage : il crie pour interagir avec son groupe et être rassuré. Ses cris deviennent très dérangeants et sont pris à tort pour une tentative de monopoliser l’attention. Alors souvent, on l’enferme dans une pièce à l’écart. Pour un oiseau grégaire comme le perroquet, c’est l’équivalent du trou où l’on isole les détenus, alors qu’il n’a commis aucun crime. Tout oiseau proie enfermé en cage à l’écart des autres éprouve une peur qui entraîne souvent un stress nocif pour sa santé physique. Le perroquet choisit de ne manger qu’un seul type d’aliment et sa santé se dégrade d’autant plus, puis il commence à s’arracher les plumes et finalement, il s’inflige des blessures en s’automutilant. Nous accueillons un grand nombre d’oiseaux dans cette situation. Il ne faut surtout pas croire que les propriétaires de tels oiseaux sont volontairement cruels. Ce sont des gens bienveillants et pétris de bonnes intentions, mais qui ne sont pas conscients de l’intelligence ou des besoins affectifs du perroquet arraché à son mode de vie naturel.
Les perroquets sont des proies qui vivent en groupe pour survivre. Pendant que la majorité de la bande se nourrit ou dort, quelques sentinelles montent la garde pour protéger leurs congénères. Chacun prend son quart tour à tour pour que la bande passe une autre journée sans anicroche à l’abri du danger. En animalerie, le perroquet est vendu sans notice explicative au sujet de sa nature. Souvent, quelqu’un convainc l’acheteur de tailler les plumes de vol de l’oiseau en lui disant qu’il ne pourra jamais s’évader et ne risquera donc pas de mourir de faim ou de froid au bout d’une longue et terrible agonie. Cela peut sembler très convaincant pour le propriétaire de l’oiseau, mais pour le pauvre perroquet, c’est perdre son seul moyen d’évasion si jamais il rencontre un prédateur – réel ou perçu. Ensuite, on le met dans une cage où la nourriture et l’eau sont à sa disposition en tout temps. Du point de vue de l’humain, la cage est un lieu sûr d’où l’oiseau peut commencer son intégration dans son nouveau foyer, mais pour le perroquet, la cage est un piège. Après un bout de temps, le perroquet accepte la cage et son propriétaire croit qu’il aime sa maison. En vérité, le perroquet n’a pas d’autre choix que d’accepter la cage pour survivre dans un groupe constitué d’étrangers. Par ailleurs, bien des gens veulent offrir à leur perroquet une vue sur les arbres, le jardin, voire le terrain de golf et la forêt qui s’étend derrière, pour lui permettre d’apprécier le monde extérieur à l’abri du danger. Toutefois, le perroquet se sent piégé, sans plumes pour voler et exposé à ses pires ennemis, les aigles et les faucons. Inconscient des vitres qui le protègent, il ne voit que le prédateur qui guette ses moindres mouvements. Comme il a peur d’être attaqué, il ne peut pas dormir. Quand il mange, il doit surveiller ses arrières et, durant la journée, quand les humains sont au travail, personne n’entend ses cris d’alarme. Il doit dormir, manger et monter la garde en même temps. Les humains s’attendent à ce que ce perroquet accepte leurs règles de vie et comprenne que leurs actions et leurs décisions visent à assurer sa sécurité, alors que rien n’est fait pour rassurer ce pauvre oiseau.
Depuis le temps que nous observons les oiseaux vivre en bandes, nous avons appris quelques points importants. Nous offrons une nourriture très variée à nos pensionnaires. L’offre d’aliments frais change tous les jours, mais elle est la même pour tous les oiseaux un jour donné. Par exemple, un jour, on leur offre des oranges, des pommes, de poivrons rouges frais, et des petits pois et du maïs en grains décongelés. Le jour suivant, les perroquets ont du raisin, des bananes, du brocoli frais, et des petits pois et du maïs en grains décongelés. Tous les oiseaux mangent la même chose la même journée. Jour et nuit, sept jours par semaine, ils ont accès à un assortiment de sept grains, beaucoup de noix de Grenoble et d’amandes en écale et un peu d’arachides en écale. Si tous les perroquets avaient le même tube digestif, logiquement leurs fientes seraient identiques, mais il n’en est rien et les fientes varient entre espèces. Cette observation nous incite à penser que leur appareil digestif est adapté à leur lieu d’origine. Après tout, les perroquets sont des acteurs importants de l’écosystème de toute forêt tropicale humide, car ils disséminent quotidiennement des quantités de graines et de noix non consommées et de branches en fleurs sur le sol de la forêt. Les graines germent rapidement et les branches brisées prennent racine, pour que la forêt, source de nourriture et lieu de reproduction, se renouvelle constamment. La plupart des perroquets viennent d’îles où 90 % de la végétation est endémique (ne pousse que là et nulle par ailleurs). Leur appareil digestif a évolué sur des millions d’années pour assurer leur survie. Quand un perroquet originaire d’une île donnée nait ailleurs dans le monde, son appareil digestif ne change pas. Le mignon bébé perroquet vendu loin de son pays d’origine est nourri à la main; cependant, ses parents sont presque toujours des oiseaux capturés en nature. Très intelligent, l’oisillon reconnait rapidement les aliments qu’on lui offre et accepte volontiers ce à quoi on l’expose. Ses yeux reconnaissent la nourriture, mais son appareil digestif n’en fait pas nécessairement autant.
L’organisme des oiseaux en captivité extrait ce qu’il peut de la nourriture offerte, mais ses besoins nutritionnels ne sont pas comblés pour autant. En fait, les perroquets en captivité souffrent vraiment de malnutrition, peu importe la variété d’aliments offerts chez le marchand de légumes. De plus, la plupart des perroquets en captivité vivent sous des latitudes où le soleil ne darde pas ses rayons tous les jours comme dans leur pays d’origine. Or, ils ont besoin des vitamines que leur organisme ne peut fabriquer qu’à la lumière naturelle et au soleil. Au World Parrot Refuge, nous pensons que l’absence de lumière naturelle est la principale cause d’automutilation chez le perroquet en captivité. La santé physique de l’oiseau est tellement altérée par la malnutrition que des dérèglements graves surviennent sans qu’on puisse encore les dépister. Pendant longtemps, on a cru que l’ulcère d’estomac chez l’homme était causé par le stress, et c’est seulement récemment que l’on a trouvé la bactérie en cause. Imaginez les découvertes qu’on pourrait faire si on avait assez d’argent pour étudier les carences nutritionnelles chez les oiseaux. Par ailleurs, si on n’obligeait pas les perroquets à vivre dans nos maisons et qu’on les laissait plutôt vivre en paix dans leur pays d’origine, ces problèmes de santé ne surviendraient pas. Le Dr Stewart Metz du Indonesian Parrot Project et du Project Bird Watch a longuement discuté avec d’anciens braconniers, qui travaillent maintenant pour la cause des perroquets en Indonésie. Il leur a montré des photographies de cacatoès des Moluques en captivité qui s’arrachaient les plumes et s’automutilaient. Les anciens braconniers ont confirmé qu’ils n’avaient jamais vu un cacatoès, mort ou vif, dans un tel état. Il semble que seuls les perroquets vivant en captivité fassent de l’automutilation.
Rien qu’en Amérique du Nord, des millions et des millions de perroquets vivent avec des humains. Il importe de diffuser toute l’information possible pour aider ces oiseaux à mener la vie la plus heureuse et saine possible dans les circonstances. Ici au WPR, nous cherchons toujours des moyens d’offrir des conditions de vie aussi naturelles que possible aux perroquets qui se joignent à nous. D’ailleurs, les conseils des amis du sanctuaire sont toujours les bienvenus. Nous offrons notre collaboration pour que le plus de perroquets possible puissent rester avec leurs propriétaires attentionnés. Toutefois, nous souhaitons également dissuader les gens d’acheter des bébés perroquets et d’accroître le nombre d’histoires tragiques suscitées uniquement par l’appât du gain. N’oubliez pas que les bébés perroquets nourris à la main sont pour la plupart nés de parents capturés en nature. Pour chaque perroquet sauvage qui arrive à destination sain et sauf, au moins quatre autres ont succombé à une lente agonie durant le transport. Les perroquets à vendre ou à adopter se comptent par millions en Amérique du Nord. Si vous ne pouvez pas résister à l’envie d’avoir un perroquet, je vous conjure d’offrir un Toit pour la vie à un perroquet de seconde main. Si vous avez des difficultés avec un perroquet adopté, nous nous ferons un plaisir de vous aider à trouver une solution. Comme toute relation, la vie avec un perroquet exige du temps, de l’amour et de la patience.
Veuillez prendre note que nous publierons bientôt des conseils nutritionnels sur notre site Web. Ces conseils ont été élaborés par une organisation sœur de la Caroline du Nord, Phoenix Landing. N’oubliez pas de visiter notre site souvent, car il fera l’objet d’importantes mises à jour cette année.